#5 Futurs fossiles / Edmée Laurin

« Non seulement les empreintes apparaissent elles-mêmes comme des “choses “ pour le moins anachroniques – si elles sont bien ce “présent réminiscent“, visuel et tactile, d’un passé qui ne cesse de “travailler“, de transformer le substrat où il a imprimé sa marque - ; mais encore le recours, par des artistes, aux procédures d’empreinte met toujours en oeuvre une complexité du temps qu’il est nécessaire, à chaque fois de réinterroger. »
(Georges Didi-Huberman)

Je m’intéresse à l’empreinte, à la nécessité de dupliquer par moulage : mes pièces évoquent conjointement la plasticité et la peau, le fossile et le flexible. J’opère des déplacements, des effets de loupe. Au travers de ces derniers, le temps comme les formes s'étirent ou se contractent, les matières souples se métamorphosent en matières rigides et inversement, les surfaces se font moussues, baveuses, liquides ou visqueuses. L'alchimie opère, superposant les couches de matières qui enveloppent, pour en réalité découvrir la véritable identité des pièces. Le thème du corps est un élément essentiel de mon vocabulaire plastique et bien qu'il ne soit jamais montré que par fragment ou par évocations délicates, il transpire de toutes mes productions : ce sont les seins qui émergent d’un moulage de ce qui semble être plutôt un emballage pour fruits sphériques, les gouttelettes immaculées en émail qui exsudent d’une céramique sombre, un matelas d’appoint en mousse stratifié à la résine. Ces fragments, extensions et sécrétions d'un corps présent et absent, figés dans ce “temps réminiscent“ visuel et tactile dont parle Didi-Huberman, sont et ont toujours été de futurs fossiles.

Je souhaiterais donc appeler l'exposition  :  Futurs fossiles

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